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Réf.
J102

Généralités
Les jades Cong à deux ou trois niveaux sont des variantes
peu communes de leurs homologues plus ou moins hauts
que la Chine ancienne a produit de la période Néolithique
(7000 - 1600 a. JC env.) à la fin des Zhou (1050
- 256 av. JC). Nous étudierons ci-dessous une pièce
dont la hauteur est inférieure à la largeur du carré
formé.
Cette pièce, hors du commun, est particulièrement représentative
de l'aspect chamanique, magique et rituel
du Cong. Plus finement travaillé que la plupart
de ses homologues, il ne présente pas moins de trois
sortes de motifs, masques zoomorphes, anthropomorphes
et silhouettes de chamanes. Ses motifs rappèlent ceux
des plaquettes de la même époque que l'on nomme
"Guanzhuangshi".
Description
Ce Cong présente un diamètre de forage de petite dimension.
Plus large que haut, ses proportions sont inhabituelles
et néanmoins très équilibrées.
Il provient très probablement du site dit de Liangzhu
au néolithique chinois (environ 3000-2000 avant notre
ère) situé dans la région bordant le Jiangsu
et le Zhejiang, non loin de l'actuelle ville
de Shanghai. Mises en évidence tardivement (dans les
deux dernières décennies du XXème siècle), les tombes
des sites de Sidun, Fanshan, Yaoshan
et Majiabang ont livré des Cong similaires.
Un Cong comparable en de nombreux points est
présent dans l'ouvrage Chinese Jade, recueil
d'articles parus dans la revue Orientations de
1983 à 1996 en page 104. La base et le sommet, en léger
retrait du corps de l'objet, sont de forme circulaire
et de faible épaisseur. La pièce est formée de trois
niveau, exceptionnellement incisés soit quatre
masques par niveaux placés aux angles du carré.
Les étages supérieurs et inférieurs présentent des représentations
anthropomorphes très stylisées, formées de deux zones
striées horizontales, séparées par une frise à fines
incisions géométriques.
Les yeux, simples cercles, ont été réalisés grâce à
un foret creux. La bouche, en léger relief reprend les
motifs géométriques précités.
L'étage intermédiaire est formé de quatre représentations
zoomorphes en léger relief. Pour chacune d'elles, le
masque se compose de deux yeux bordés d'incisions et
d'une bouche horizontale. Par une habile mise en abîme,
le lapidaire a orné l'arête formant le nez de ce qui
pourrait être un visage d'aspect chamanique.
Autre particularité, sur les côtés, la présence de larges
bandes verticales supports de représentations insolites
combinant deux yeux écarquillés, une bouche et une silhouette
superposée formée d'une tête à l'aspect humain surmontée
d'une large coiffe. L'ensemble forme une divinité
composite à l'aspect saisissant. Ces représentations
sont exceptionnelles.
On prétend qu'elles sont à l'origine des décors de masques
apparus ultérieurement à l'âge du bronze. J'ai pour
ma part constaté sur d'autres pièces rares des motifs
d'oiseaux aux mêmes endroits précités.
Cette représentation singulièrement chamanique renforce
l'idée associée aux Cong de la croyance dans les esprits
voire à un dieu solaire.
Ces symboles de puissance laissent perplexes plus d'un
archéologue et d'un iconographe. Elles sont l'un des
sommets dans ce qu'il est convenu d'appeler "l'âge
du jade". Une fracture, certainement ancienne, traverse
la pièce en biais sans aucun manque de matière.
Le jade, d'une teinte jaune pâle, est recouvert d'une
" peau " blanc cassé, probablement une calcification
valorisant les veines grises et brunes de la matière.
Pour conclure
Cette pièce est remarquable, elle est comme ses semblables
l'expression de l'évolution ultime de l'art néolithique
et de celui de Liangzhu. Il n'est pas étonnant que
la production artistique de cette région ait rayonné
dans le temps et dans l'espace vers d'autres provinces
au Sud, au Nord et plus de mille ans plus tard dans
la province du Sichuan, remontant ainsi le Yang
zijiang (flleuve bleu) sur plus de mille six cents
kilomètres. C'est ce que prouvent de récentes fouilles
effectuées près de Chengdu.
Au-delà de ces considérations et pour revenir à des
propos plus scientifiques, ce Cong a fait l'objet
d'une microanalyse en laboratoire précisant la nature
de la roche et confirmant l'existence d'une couche superficielle
plus poreuse. L'étude sous microscope électronique
à balayage (MEB) d'un prélèvement de roche et l'analyse
EDX( analyse élémentaire en dispersion d'énergie de
rayon X) ne montrent pas de différence de composition
chimique entre la masse et la surface. Cette analyse,
par ses conclusions, atteste que la roche présente les
caractéristiques d'une altération de longue durée conforme
à celle des jades archaïques de l'époque précitée.
Ce Cong trouvera certainement une place très honorable
au sein d'une collection basée sur l'ancienneté.
Dimensions
Hauteur : 61 mm, Longueur par largeur : 110 x 110 mm,
Ø de l'orifice central : 22 mm
Repères bibliographiques
· Chine des origines - Hommage à Lionel Jacob,
Paris RMN, 1994. p 25
· Chine, l'énigme de l'homme de bronze - Paris,
2003. p 51 à 53 et 115-116
· Jades chinois, pierres d'immortalité, Musée
Cernuschi, Paris-Musées, 1997-1998. p 32
· Radiant Stones - Pierres radieuses, Myrna Myers
- Paris, 2000. Planches 10-11-12
· Chinese Jade - Selected articles from " Orientations
" 1983-1996, Orientations Magazine Ltd - Hong Kong,
1997. p 58-59, 70 à 76, 93 à 95, 101 à 110, 132 et 165
· Trésors du Musée national du palais, Taipei
- Mémoire d'Empire, Paris, Galeries nationales
du Grand Palais oct.1998 - janv.1999, AFAA - RMN - Paris,
1998. p 46-47
· Chinese Art in Overseas Collections - Jade
I, Hai-Wai Yi-Chen, The National Palace Museum, Taipei,
Taiwan, Republic of China, 1986. p 6
· Chinese Jade from the neolithic to the Qing,
Jessica Rawson, The British Museum Press - London, 1995.
p 122 à 129 et 150 à 156
· La lettre du " Singe blanc " N°14, Philippe
Soret - Paris, 1999.
· La lettre du " Singe blanc " N°19, Philippe
Soret - Paris, 2001.
· Les Arts de l'Asie orientale, Gabriele Fahr-Becker,
Könemann - Allemagne, 1998. p 22-23 et 298
· Chinese Jades from Man's collection - Volume III,
Harry Man - Wing-chee, Tai Lee Company - Hong Kong,
1998. p 34 à 39
· La Chine ancienne, W. Watson Sequoia Elsevier, Paris
- Bruxelles, 1968. p 121
· Arts of Asia, volume 13 N°3, Tuyet Nguyet -
Hong Kong, mai-juin 1983. p 102
· Arts of Asia, volume 14 N°5, Tuyet Nguyet -
Hong Kong, sept-oct 1984. p 56 à 62
N.B
: En Chine, la notion de jade ancien regroupe la néphrite
et la jadéite. Suivant les époques et les régions d'origine,
certains objets peuvent avoir été réalisés en serpentine,
voire en agate. *Conformément aux usages d'appréciation,
on considère l'ancienneté des jades, dans leur globalité,
lorsque ces derniers ont été exécutés manuellement selon
des techniques et avec des outils d'époque et qu'ils
n'ont pas été notablement retravaillés. Les performances
actuelles des analyses scientifiques portent sur ces
points et ne donnent pas de datation précise contrairement
aux analyses du bois au carbone 14 ou de la terre cuite
par thermoluminescence. Les époques sont donc présumées
après recoupement des résultats éventuels d'analyse
et de notre expérience comparative de pièces référencées.
L'aspect, la texture, l'éclat, la pureté, les couleurs
liés aux éventuelles influences d'enfouissement sont
autant de critères qui permettent d'apprécier une pièce
en jade.
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